Quand le fleuve ne gèle pas

L'hiver où le Saint-Laurent n'a pas gelé. Et c'était une catastrophe.

3/17/20261 min read

Un récit d'Alexandre Gagné, historien.
Un récit d'Alexandre Gagné, historien.

L'hiver où le Saint-Laurent n'a pas gelé. Et c'était une catastrophe.

L'hiver 1612-1613, le fleuve Saint-Laurent ne gèle pas.

Pour nous aujourd'hui, c'est presque une bonne nouvelle : moins de froid, moins de neige. Mais pour les colons de la Nouvelle-France, c'était une catastrophe silencieuse.

Le fleuve gelé n'était pas un obstacle. C'était une route. En hiver, la glace permettait de traverser d'une rive à l'autre, de transporter des marchandises, du bois, de la nourriture. C'était aussi une ligne de défense naturelle contre les attaques.

Sans gel, plus de route. Plus de transport. Plus de défense.

Et puis il y avait le reste : les hivers normaux, eux, étaient brutaux. En 1535-1536, Cartier documente 1,31 mètre de neige de novembre à avril. En 1541-1542, lors de l'hivernage de Roberval, l'accumulation atteint 1,96 mètre, soit presque 6 pieds, de novembre à février.

Nos ancêtres ont construit une civilisation dans ces conditions. Pas avec du chauffage central. Pas avec des camions de déneigement. Avec des poêles à bois, des peaux d'animaux et une solidarité de voisinage qui était, littéralement, une question de survie.

La prochaine fois qu'on se plaint de l'hiver québécois, pensons à eux.

Ils n'avaient même pas de pelles mécaniques !

Source:
Desloges, Yvon. Sous les cieux de Québec.