Le plan de Roosevelt : Effacer les Canadiens français
Le 18 mai 1942, Roosevelt écrit en secret à Mackenzie King un plan pour assimiler les Canadiens français. Une lettre que l'histoire a préféré oublier.
5/18/20262 min read


La lettre n’a pas de timbre gouvernemental en haut de page. Elle n’est pas destinée aux archives publiques, encore moins aux journaux. Franklin Delano Roosevelt l’écrit en privé, le 18 mai 1942, à l’intention d’un seul homme : le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King. Le sujet : les Canadiens français. La proposition : un plan continental pour les faire disparaître.
Le 27 avril 1942, le Canada tient un plébiscite sur la conscription. Le reste du pays vote à près de 80 pour cent en faveur. Le Québec vote à 73 pour cent contre. En bloc. Trois semaines plus tard, Roosevelt prend la plume. Dans la lettre du 18 mai, il remonte d’abord à ses souvenirs d’enfance, dans les années 1890, quand il voyait les ouvriers canadiens-français dans les filatures de New Bedford, au Massachusetts, près du vieux domaine familial des Delano à Fair Haven. Ces gens lui semblaient impérméables à l’Amérique. Leurs corps étaient là. Leurs cœurs restaient à Québec.
Ce que l’histoire a préféré oublier
Roosevelt constate qu’en 1942, les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre commencent enfin à se fondre dans le moule américain. Ils ne votent plus comme leurs prêtres le leur disent. Ils se marient avec des Anglo-Saxons. Ils parlent anglais à la maison. C’est cela qu’il faut accélérer. Il propose alors à King une planification coordonnée entre les deux pays, une planification peut-être non écrite, qui ne serait même pas une politique publique officielle, pour hâter l’assimilation des Canadiens français des deux côtés de la frontière. On ouvrirait des débouchés aux francophones dans d’autres régions du continent. On ferait venir des non-francophones dans leurs communautés. Roosevelt étend la logique aux Italiens, aux Juifs et aux Allemands concentrés à New York. Le même principe. Il sait que ça ne peut pas être dit dans un discours ou consigné dans un traité. C’est pour ça qu’il le propose en privé, dans une lettre qui ne devait pas exister. King la reçoit. King esquive.
Et aujourd’hui ?
Jean-François Lisée exhume la correspondance dans Dans l’œil de l’aigle, publié en 1990. Le livre remporte le Prix du Gouverneur général et fait quelques manchettes dans la presse québécoise. Puis l’affaire se referme. La lettre n’entre dans aucun manuel scolaire, dans aucune commémoration officielle, et Roosevelt reste le héros de la démocratie. Les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre, eux, ont en grande partie disparu au fil des décennies suivantes, assimilés exactement comme le président l’avait prévu. Roosevelt avait raison sur un point. Deux générations suffisaient.
Sources :
— Jean-François Lisée, Dans l’œil de l’aigle : Washington face au Québec (Boréal, 1990).
— Normand Lester, Le livre noir du Canada anglais (Les Intouchables, 2001).
— Archives de Radio-Canada, dossiers William Lyon Mackenzie King.
— L’Encyclopédie canadienne, article « Plébiscite de conscription de 1942 ».
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